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Ferney-Voltaire
 

Le théâtre fut au XVIIIe siècle l’objet d’une mode et d’un engouement extraordinaires parmi le public privilégié de l’époque. Voltaire, dévoré par cette passion, fut tour à tour auteur, acteur et metteur en scène. Partout où il séjourna de façon durable, il bâtit ou encouragea l’installation de salles de spectacle.

Il est convenu d’attribuer à Voltaire la paternité du théâtre de Ferney. Il semble pourtant que l’initiative vint de deux autres personnages. L’un fernèsien, Etienne Perrachon, commerçant actif et avisé, utilisant au mieux les deniers de Voltaire pour faire prospérer ses affaires, et l’autre, Joseph François Gallier de Saint-Gérand, entrepreneur de spectacles installé à cette époque à Berne et projetant une installation à Bâle.

L’entreprise visant à construire le théâtre nécessitant d’importants capitaux, Saint-Gérand fit appel à Voltaire qui engagea la principale dépense et resta ainsi «l’arbitre de la location» de l’ensemble.

A cette époque, les salles de spectacle, qui devaient être simples, rapidement réalisables et économiques, n’avaient pas d’architecte. Pourtant, à Ferney, Léonard Racle, architecte de Voltaire, travailla avec Saint-Gérand. Il s’agissait d’aménager un «bâtiment servant de fenière, écurie et boutique qui n’était pas encore fini» qu’avait vendu E. Perrachon.

Lors de l’inauguration le 28 juin 1776, le célèbre acteur Le Kain remplit la salle : «Le Kain est venu et a rendu Fernai célèbre. Il a joué supérieurement tantôt à Fernei, tantôt à deux lieues de là sur un autre théâtre appartenant encor au troubadour St Geran [Châtelaine]. Les treize cantons ont accouru et ont été ravis. Pour moy misérable à peine ai-je été témoin une fois de ces fêtes...». Le répertoire était voltairien (Zaïre, Tancrède) dans lequel Le Kain excellait, mais il interpréta aussi le chevalier Bayard dans une tragédie de Belloy.

Malheureusement, avec la disgrâce de Turgot, la morosité envahit la colonie que certains habitants désertèrent. 

Le 24 décembre, Voltaire annonçait à Mme de Saint-Julien la triste nouvelle : «...Le comble de notre malheur est d'être abandonnés par Saint-Géran. On dit qu'il ne reviendra point voir le joli théâtre qu'il avait bâti, qu'il s'est ruiné à Bâle, et qu'il est entièrement dégoûté de la Suisse. Nous voyons tomber à la fois nos manufactures et notre Comédie». Passée cette date, nous n’avons plus d’échos de représentations théâtrales à Ferney.

Le théâtre de la Comédie fut cédé en 1781 à Henry Jéquier qui le loua à François Hazes la même année. Le bâtiment était la propriété en 1807 et en 1845 du notaire Jean-François Sebire. L’aile droite fut ajoutée dans le milieu du XIXe siècle et l’ensemble abrita jusqu’au XXe siècle un charron et un maréchal ferrant qui lui ont laissé leur nom de famille.
 

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