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Voltaire et lefanatisme
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Voltaire a lutté toute sa vie contre
l’intolérance. A Ferney, «Ecrasez l'infâme» fut
son leitmotiv dans le combat qu'il mena contre celui qu'il désigna
comme son principal ennemi: le fanatisme, premier ennemi de l’humanité.
Il considérait la nuit de la Saint-Barthélemy comme la pire
illustration de ce Mal.
Deux siècles et demi après, son combat contre le fanatisme et ses deux géniteurs, les préjugés («une opinion sans Jugement») et la superstition («le superstitieux est gouverné par le Fanatique»), reste d’une tragique actualité. Le fanatisme est toujours le plus grand ennemi de l’homme, celui qui va jusqu’au meurtre, et dont les temps modernes ont connu les pires excès: génocides, attentats aveugles, persécutions politiques, raciales, ethniques, religieuses, etc. Plus de 40 pays sont en guerre civile ouverte ou larvée dans le monde contemporain, dont une vingtaine en Afrique: les persécutions envers les populations civiles, souvent effectuées sinon tolérées par les autorités, ont pour nom meurtre, torture, viol, vol, prison. Les Saint-Barthélémy se multiplient pour des causes diverses. L’arbitraire sévit majoritairement sur notre planète comme le démontre tragiquement l’exemple nigérian d’Amina Lawal. La légitime et courageuse Résistance fait place à l’odieux et aveugle Terrorisme, d’Etat ou d’opposition. L’attentat du World Trade Center, version moderne du Massacre des Innocents, marque un sommet vertigineux dans l’escalade du fanatisme. La guerre oublie l’adage de Clausewitz selon lequel elle n’est que «la continuation de la politique par d’autres moyens». Dans son livre La barbarie à visage humain, le philosophe Bernard-Henri Lévy ne distingue plus que deux catégories de régimes politiques: les assassins et les autres. Jusqu’à l’affaire Calas en 1761, à 67 ans, Voltaire n’était pas encore devenu le défenseur des droits de l’homme, l’écrivain engagé dont nous saluons la mémoire. Cette année-là, à Toulouse, un fils de la famille protestante Calas meurt mystérieusement. La rumeur publique propage que ce jeune homme voulait se convertir au catholicisme contre le gré de son père. Sans preuve, le Parlement de Toulouse déclare le père, Jean Calas, coupable de l’assassinat de son fils, et le condamne à être roué. De Ferney, Voltaire enquête («Il n’y a rien que je n’aie fait pour m’éclaircir de la Vérité»), s’assure de son innocence («J’ose être sûr de l’innocence de cette famille comme de mon existence»), en appelle à l’opinion publique de toute l’Europe («Criez et que l’on crie!») et obtient sa réhabilitation 3 ans après son exécution, pour cette erreur judiciaire d’une justice contaminée par le fanatisme. L’affaire Calas c’est le procès de la Justice de son temps. Selon André Versaille «A partir de l’affaire Calas, ce grand écrivain devient un personnage mythique, symbole de la Raison et des Lumières, pourfendeur de l’obscurantisme et du fanatisme, porte-parole de tous ceux qui souffrent du despotisme et de l’arbitraire.» Pour Voltaire, le seul remède à cette «maladie épidémique» est «l’esprit philosophique qui adoucit le cœur des hommes, car l’effet de la philosophie est de rendre l’âme tranquille; et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité.» Voltaire est toujours actuel et présent parmi nous. Poursuivons son combat avec son aide. Georges Vianès |